Adresse de la Cité de Londres au roi Louis-Philippe en visite à Windsor

octobre 1844
57,2 x 40,5
France - Rouen - Archives départementales de Seine-Maritime
BHH 1419
Période moderne
Relations politiques et militaires

Planche lithographique réalisée par Jules Méa (fac-similé au ¼ de l’adresse originale), dans Edouard Pingret, Voyage de S. M. Louis-Philippe Ier roi des Français au château de Windsor dédié à S. M. Victoria reine d’Angleterre, Paris, éd. Pingret, 1846, après la p. 40.

 

En octobre 1844, Louis-Philippe se rendit une semaine à Windsor à l’invitation de la reine Victoria, dans le cadre du rapprochement franco-britannique à l’œuvre en 1843-1845 (première Entente cordiale). L’année précédente, Victoria s’était rendue au château d’Eu. La venue de Louis-Philippe à Windsor est un symbole fort puisqu’il s’agit de la première visite d’un souverain français en Angleterre depuis la capture de Jean le Bon en 1356 à la bataille de Poitiers. Le fait que ce soit Louis-Philippe qui accomplisse ce voyage est significatif dans la mesure où il s’agit d’un des souverains français les plus anglophiles, admiratif du mode de vie anglais. Il avait en effet vécu près de dix ans en Angleterre avant d’accéder au trône en 1830, et était un ami intime du duc de Kent, le père de Victoria. De même qu’à son arrivée en Angleterre à Portsmouth la municipalité lui avait lu une adresse, au château de Windsor Henry Alworth Merewether, archiviste de la Cité de Londres, lui a lu l’adresse de félicitations du Conseil commun de la Cité de Londres, c’est-à-dire la réunion du maire – sir William Magnay -, des aldermen et des communes de la Cité. Quelque temps après cette cérémonie, la municipalité de Londres décida de faire transcrire sur vélin ladite adresse afin de l’offrir au roi rentré en France. Ce dernier la reçut le 18 juillet 1845 et la plaça dans la galerie du château d’Eu consacré à la visite de la reine Victoria en 1843 et à sa propre visite à Windsor en 1844. Cette adresse sur vélin fut réalisée par plusieurs artistes – M. Dowse pour les peintures et M. Paton pour la calligraphie - pendant plusieurs mois, et c’est ce précieux document que reproduit à l’échelle ¼ la présente planche lithographique de l’ouvrage d’Edouard Pingret consacré au voyage du roi à Windsor. Pingret, élève de David, qui avait accompagné Louis-Philippe en Angleterre, avait été missionné par ce dernier pour faire des gravures des principaux évènements de la visite royale (cérémonie d’investiture de l’ordre de la Jarretière, visite de la maison d’Orléans à Twickenham, visite du collège d’Eton, etc.). Dans son ouvrage, Pingret traduit et analyse la présente adresse, et en décrit l’iconographie (p. 42). Ainsi, elle « est écrite sur le fond lisse d’une draperie couleur de parchemin », et « l’encadrement qui l’entoure se compose de figures allégoriques, d’emblèmes, d’insignes et de blasons ». Dans la partie supérieure, au centre, se trouvent deux femmes, représentations allégoriques de la Paix et de l’Abondance, encadrant les armes de la maison d’Orléans, à savoir trois fleurs de lys surmontées d’un lambel à trois pendants d’argent, signe qu’il s’agit de la branche cadette des Bourbons. Cet écusson, traversé par le sceptre et la main de justice, est entouré du collier de l’ordre de chevalerie anglais de la Jarretière, dont fut investi Louis-Philippe lors de sa visite à Windsor, lors d’une somptueuse cérémonie. On remarque la figure de saint Georges, saint patron anglais, au pendentif de ce collier.  Dans le ruban bleu de ce dernier figure la devise de l’ordre : Honi soit qui mal y pense. A gauche de cette représentation centrale se trouvent les armes de la reine d’Angleterre, surmontant un ruban sur lequel figure la devise de la monarchie britannique : Dieu et mon droit. Quant aux armes de droite, elles représentent celles du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha dont la devise familiale est Treu und Fest (fidèle et fort). De chaque côté de l’adresse, au milieu de l’encadrement, sont par ailleurs représentées les figures allégoriques de Paris (à gauche) et de Londres (à droite) « peintes en grisaille sur un fond d’azur ». Enfin, dans la partie inférieure, on trouve au centre, sur deux écussons, les armes du maire de Londres de l’époque, sir William Magnay, traversées par la masse et l’épée et surmontées d’une toque – ou mortier -, attributs traditionnels du maire de Londres. A gauche de ces deux écussons centraux se trouvent les armes du chambellan de Londres, M. Browne, et à droite celles de l’archiviste de cette cité, M. Merewether. « Au milieu des arabesques placées entre les camées des villes de Paris et de Londres et les armes de la Reine d’Angleterre et du prince Albert, se déploient de chaque côté des drapeaux tricolores, et se détache la décoration de la Légion d’Honneur vue sur deux faces […]. Au-dessous des camées on aperçoit, au milieu des mêmes arabesques, la plaque radiée de l’ordre de la Jarretière et le coq, emblème de la France ».

 

La première Entente cordiale fut fragilisée par l’affaire du toast de Cobourg lors duquel la reine Victoria porta un toast à Waterloo, mais surtout pas l’affaire des mariages espagnols. En effet, Louis-Philippe envisageait de marier un de ses fils, le duc d’Aumale ou le duc de Montpensier, avec une des deux filles de la reine douairière d’Espagne ; or les Anglais souhaitaient marier le cousin germain du prince consort, Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, avec la jeune reine d’Espagne Isabelle, et ne voulaient en aucun cas que la couronne d’Espagne ne se transmette à un prince de la maison de France. Louis-Philippe passa outre : le 10 octobre 1846, furent célébrés à la fois le mariage du duc de Montpensier avec l’infante espagnole Louise Fernande, ainsi que le mariage du duc de Cadix avec la reine Isabelle, en opposition avec l’accord conclu à Eu en 1843 entre les ministres Guizot et Aberdeen. La première Entente cordiale était définitivement enterrée. Certes, Napoléon III tenta de la ranimer durant la Guerre de Crimée, mais c’est au début du XXe siècle, avec Paul Cambon et Léon Geoffray, qu’elle va renaître en 1904.

 

Pour en savoir plus :

  • Jean Duhamel, Louis-Philippe et la première Entente cordiale, éd. de Flore, 1951, 357 p.
  • Antoine Papillard, « La première entente cordiale : visite à Eu de la reine Victoria », dans Les Amys du vieil Eu [bulletin annuel], p. 27-55
  • Pingret (Edouard), Voyage de S. M. Louis-Philippe Ier roi des Français au château de Windsor dédié à S. M. Victoria reine d’Angleterre, Paris, éd. Pingret, 1846, 75 p.
  • Barbara Scott, « Guest of the queen » (trad. Fr. “La première Entente cordiale: Louis-Philippe et l’Angleterre”), dans Les Amys du vieil Eu [bulletin annuel], 1993, p.  21-26.

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